Natoushop ou l'art de l'upcycling

Cette année Belleville En Vrai ouvre ses portes à de jeunes entrepreneurs. L'occasion pour nous de vous faire découvrir Natoushop, projet porté par Natacha, jeune styliste et véritable artiste du textile. 

 

Présente toi en quelques mot ? 

Je m'appelle Natacha, on me surnomme Natoush. Je suis une passionnée. Passionnée de fringues bien sûr, mais pas seulement : les relations humaines, la solidarité, l'écologie, la culture hip-hop, la danse, la vie de quartier...Tous ces éléments qui vibrent en moi forment Natoushop, le moyen d'expression de l'artiste textile que je suis aujourd'hui. Je dis "artiste textile" car je porte avec plaisir toutes les casquettes du métier. Hyperactive et polyvalente je suis aussi à l'aise dans la vente que dans le stylisme photo, la création de costume pour des clips vidéo, la création de motifs textiles, ainsi que le patronage, le montage, le modeling etc...Bref je suis une touche à tout.

 

Peux-tu nous en dire plus sur l'upcycling (mouvement écologique et technique de création se basant sur le recyclage d'un vêtement) ? Comment as-tu commencé ? quel a été le déclic ?

Il n'y a pas eu réellement de déclic, c'est plus une logique, un sentiment qui s'est installé en moiet qui vient directement de mon état d'esprit de débrouillarde.

Quand tu grandis dans la street, dans un contexte modeste où tu vois à la télé et dans les clips vidéo ce qui se fait de mieux mais que tu ne peux pas te payer des marques ou des pièces de créateurs, tu eux quand même avoir envi de te démarquer vestimentairement parlant : il ne reste plus qu'à utiliser ta créativité. Le recyclage (ou upcycling) est donc parti de cette base simple : ce qui me fait envie, je le fabrique avec ce que j'ai sous la main. De plus, le sentiment de faire les choses par moi-même me procure une grande fierté. 

Il m'est arrivé de croiser des connaissances ou des amis dans la rue qui m'ont complimenté sur mon "flow" et l'instant d'après me disaient "Tu la vends combien ta veste ?"...Et c'est comme ça que mon business est né. c'est réellement dans ces moment-là que je me suis rendu compte que ma passion pour la sape pouvait devenir lucrative. 

Mais j'ai toujours été sensible à l'aspect solidaire et écologique lié au fait de porter des vêtements de seconde main. Il y a dix ans, avec une amie on a crée une association de quartier avec laquelle on a organisé tout un tas d'événements culturels et solidaires. Grâce à cette association est née "La Friperie Solidaire" ; un événement trimestriel qui fonctionne comme un troc géant : un vêtement apporté pour la fripe = un vêtement récupéré dans la fripe. Les gens du quartier dans lequel on organise cet événement font le tri dans leur armoire et viennent faire des échanges gratuitement. De cette façon, ils participent au recyclage de milliers de vêtements mais aussi à la consolidation d'un "tissus solidaire"  entre les uns et les autres. C'est une initiative locale qui dure depuis plusieurs années et qui fait le bonheur de tous.

Quelles sont tes inspirations en matière de design ?

Ce qui m'inspire le plus c'est la rue, le streetwear, l'appropriation de la mode par tout un chacun. Cette influence très forte démarre avec la naissance du hip-hop dans la fin des années 70 et prend véritablement son essor courant 90. C'est vraiment la période qui m'inspire le plus. Dapper Dan en est une figure emblématique avec son utilisation des tissus de créateurs comme le monograme Louis Vuitton par exemple, pour réaliser des pièces uniques pour les artistes de son époque. Aujourd'hui Martin Margiela, Andrea Crews, et d'autres sont des exemples de réussite dans le domaine très singulier de l'upcycling. 

 

Quand tu te retrouve face à une pièce devant ta machine à coudre, c'est quoi ton processus créatif ?

Mon processus créatif démarre quand je chine dans les friperie à la recherche du vêtement qui me parlera et qui fera naître en moi l'inspiration. Ensuite j'analyse rapidement mon stock de tissus et de fringues pour trouver le match parfait ; les ingrédients qui rendront le plus savoureux ! Après ça je commence le travail technique : le essayges, la coupe, l'épinglage...Et c'est seulement là que je peux m'assoir à ma machine, dans l'excitation du résultat final. Parfois le résultat n'est pas à la hauteur de mes espérances, mais il y a toujours une leçon à tirer et c'est ce qui rend ce domaine si fascinant : c'est une eternelle remise en question technique et artistique. 

La mode se réinvente constamment, la mode évolue mais est aussi un perpetuel recommencement. Que penses-tu du fait que les grandes marques n'hésites plus à reprendre (pour ne pas dire s'approprier) les codes vestimentaires de la rue ?

C'est un sujet épineux sur lequel nous pourrions débattre des heures. Fatalement en tant qu'artiste, je m'inspire de ce qui m'entoure donc dans l'absolu je ne peux pas reprocher aux marques de s'en inspirer aussi elles aussi. Mais si le but est purement mercantile, on sort totalement d'une démarche de mise en avant du créateur. Selon moi, la grande distribution devrait proposer plus de collaborations aux artistes. Tout le monde y trouverait son compte ! Les marques enrichiraient sensiblement leurs panels de collecion d'une part, et d'autre part les créateurs verraient leur travail valorisé et accessible au plus grand nombre. 

 

C'est quoi pour toi la tenue idéale ? 

C'est celle qui, le matin , met en accord toutes mes personnalités : aussi bien la femme chic, que la femme sexy, que le garçon-manqué, la fashion victim ou que l'enfant qui veut être à l'aise. 

Pour en revenir à ta participation à l'événement, qu'est ce que la démarche de l'association Pazapas Belleville et du festival Belleville En Vrai représente pour toi ?

Je suis vraiment sensible à la question de la jeunesse des quartiers. Ayant grandi en milieu modeste, voir défavorisé, j'ai moi aussi lutter contre un certain déterminisme sociale. Le rascisme, la misogynie, la solitude mais aussi l'appât du gain sont les genres d'obstacles qu'il faut savoir franchir pour avancer. 

Ma participaion à Belleville En Vrai et mon soutien à l'association Pazapas se fait simplement dans un but solidaire. Je veux donner de la force à la jeunesse, la valoriser, lui transmettre les notions de curiosité et d'ambition pour lui prouver qu'elle est tout à fait capable de réaliser ses rêves. 

 

Nous vous invitons à venir découvrir le stand Natoushop lors du festival le Dimanche 1er Juillet. Vous pouvez retrouver les créations de Natacha sur Instagram et commander des pièces via son Facebook

 

Propos recueillis par leminence_grise & victoirepllrd

Crédits photos : Marla AdvenaeAnais Durand Munyankindi